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dialogueJ’ai eu l’immense honneur d’être conviée à ce spectacle par Valentin Martinie himself. Comment ?? Tu ne sais pas qui c’est ??

Valentin Martinie est le metteur en scène et l’interprète, accompagné de Florian Spitzer, de ce joli spectacle Dialogue à fables.

Comment définir Dialogue à fables… C’est un spectacle entre le stand up (On a de l’interaction avec le public, si, si !) et la pièce de théâtre classique (on sent bien la grâce du théatreux dans ces comédiens!).

Valentin et Florian joutent sec ! Sur scène, et tour à tour, ils s’affrontent en déclamant des fables ! Un jeu installé entre eux, où chacun cherche à avoir le dernier mot, le dernier pied.

On alterne entre boutades lolifiantes et émotions subtiles.

Les fables, on les connait ! Disons qu’on en connait peu finalement, mais ça nous parle. On oublie aussi qu’il existe des fables modernes et qu’elles sont souvent toutes intemporelles et donc transposables à notre société actuelle.

Ce spectacle m’a donné envie de m’acheter le dernier opus de Mister Jean de la Fontaine, Ionesco ou Mister Anouilh pour les découvrir toutes !

Lire une fable c’est bien. Mais se les faire conter par Sieurs Valentin et Florian, quelle régalade !!

Dialogue à fables est subtilement construit et utilise l’essence des fables à l’avantage des comédiens et de leurs propos. Je peux te dire qu’ils ont dû en bouffer des Annabacs pour construire ce spectacle !

Ce spectacle original te permet de rire de Booba, tout en te cultivant, un exploit que seuls Valentin et Florian ont su accomplir !

J’en profite pour faire ma déclaration façon Sanson (Véronique, hein, pas le pote â Dâlilâ.)  à Florian lorsqu’il nous a raconté la fable La fille et le loup. Un silence s’est installé dans la salle, comme un doux brouillard enveloppant, nous étions pendus à ses lèvres. Je suis littéralement tombée amoureuse de cette fable. Magnifiquement racontée par Florian. Ses pauses savamment dosées, sa respiration, son regard. Du bonheur, merci pour cette découverte !

Pour te donner un exemple parlant, cher lecteur/se… Père Castor, à côté, a le charisme d’une motte de terre.

Florian, raconte-nous une histoire !

Du coup, afin de ne pas relancer la joute et attiser la jalousie, je salue le talent de Valentin, son piquant, son aisance et ses vannes bien placées. La scène lui va bien, et l’on sent le bonheur qu’il a de nous faire découvrir ce joli spectacle. Je ne boude pas non plus mon plaisir en admirant ses mollets moulés dans un collant… Si, si, ça vaut le déplacement !

Valentin, je te remercie donc de m’avoir fait découvrir votre spectacle. J’y ai passé un agréable moment plein de poésie.

J’attends toujours que tu me récites Le wombat et le buisson. J’y tiens. Je te jette même un gant au visage !!

Ils jouent à la Comédie Saint Michel les jeudis à 21h30 et les samedis à 20h, résa ici.

95 bd Saint Michel

Ce théâtre, que je ne connaissais pas, propose des comédies pour adultes mais également moult spectacles pour enfants, Bon plan donc !

La fille et le loup

Une fille tomba amoureuse d’un loup
Qu’un montreur d’animaux exhibait sur la place,
Le jour de sa noce, au village.
Il était fier et sombre et de mauvaise grâce,
Il faisait quelques tours navrants,
Ne semblant pas sentir les coups.
Voir un loup enchaîné redonne du courage
Au cœur mou des petites gens :
Dans le cortège, on s’amusait beaucoup.
Les lourds garçons d’honneur lui faisaient des grimaces,
Chacun rivalisait de bons mots et d’audaces ;
La mariée ne disait rien.
C’était un triste mariage,
Elle était belle, pure et sage,
Elle épousait un jeune richard du village,
Mal formé – avec la bénédiction des siens.
C’est le sort des filles sans bien.

Pendant que l’homme, fouet en main,
L’obligeait à faire sa danse,
Le regard du loup et le sien,
Se croisèrent dans le silence…
Ayant jeté sa maigre obole au bohémien
La noce l’entraîna vers les réjouissances
Interminables du festin,
Le principal de la cérémonie, en France.
Elle fut déflorée à la fin du repas.
Mais, pendant la nuit, laissant là
Le mari qui ronflait après le sacrifice,
Insoucieuse du sang qui coulait sur ses cuisses ;
Elle alla jusqu’à la roulotte endormie,
Ouvrit au loup et le suivit dans la forêt
Pour y devenir son amie…

Le lendemain le scandale éclatait.
Les paysans armés partirent en battue.
On retrouva la fille demi-nue
Qui dormait près du loup. On les prit tous les deux.
Le loup fut égorgé et la fille jugée.
Quand on lui demanda ce qui l’avait poussée
A bafouer ainsi les Dieux ;
Les regardant bien dans les yeux,
Son mari haut comme trois pommes,
Le curé bedonnant, le juge fielleux,
Les paysans niais et communs,
Elle le leur dit : « J’aime les hommes,
Et seul le loup en était un. »

Jean Anouilh

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