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Où vous voyez-vous dans 5 ans ?

Hum, je dirai dans un service marketing d’une entreprise de grande consommation travaillant sur des produits toujours plus innovants et sexy. Je suis très créative et j’aime beaucoup travailler en équipe. J’ai une forte résistance au stress et aime le travail bien fait. Je suis très perfectionniste… blablabla mes couilles sur ton nez !!

Voilà ce que j’ai sûrement dit à mes entretiens en sortant de mon école de commerce afin de trouver une entreprise qui me ferait la faveur et l’honneur de me prendre en son sein.

Bullshit ! Je ne me jette pas la pierre, mais voilà ce à quoi on nous forme pour pouvoir trouver du travail.

Une grande entreprise de l’emballage

Ce fut par une belle et froide matinée d’Avril que je me rendis à mon entretien pour un poste d’assistante marketing. Cool ! Premier entretien pour un job qui serait vraiment en rapport avec mes études à 5 000 boules l’année !

J’avais rendez-vous avec un certain Norbert, directeur marketing néerlandais qui n’était pas basé à Paris mais qui se déplaçait pour faire les entretiens. Je l’imaginais grand, gras, chauve et bedonnant alors que j’étais à l’accueil attendant mon heure et faisant des nœuds marins avec mes intestins.

Soudain j’aperçus un homme en costume noir aux fines rayures blanches accoudé à l’accueil, se retournant vers moi, et me disant « Juliette ? Please come on ! » accompagné d’un petit clin d’œil de beau gosse sa race. Cet homme-là était le sosie de Brad Pitt ! Ce n’était pas le moment de flancher, je voulais ce job, j’ai tout donné, j’ai tout bien récité mon CV avec tout plein de mots clefs. Cet entretien était une sorte de texte à trous et lorsque tu prononçais les mots-clefs corporate tu entendais une petite clochette, comme dans Hugo Délire, et tu gagnais des points. Mon score final était de 90E. J’étais embauchée.

Le marketing, le monde merveilleux des 4P – Politique, Paraitre, Pute, Péni (rappel: un péni, des pénis).

Politique

Je découvris deux femmes totalement différentes qui ont fait ma vie au sein de cette entreprise.

L’une, bourgeoise rigolote et hyper professionnelle qui m’a prise sous son aile et qui m’a fait confiance. Sans elle, je n’aurais rien appris, je n’aurais pas eu confiance en moi et je n’aurais pas découvert les joies d’aller dans les locaux d’une grande maison de parfumerie pour un parcours sensoriel extra autour de parfums. Ces parfums avaient tous une histoire autour de l’enfance, de la nostalgie, du voyage etc… Magnifique expérience.

L’autre, ma boss au sens hiérarchique du terme. Une nénette parisienne qui venait de la comm’ et qui ne connaissait rien au boulot et aux côtés techniques du savoir-faire de l’entreprise. Le management, n’en parlons pas, elle le disait elle-même, ça ne lui plaisait pas !

Elle me l’a toujours dit « non, mais tu sais-han, Juliett’-han, ici c’est vachement politiqu’-han, alors tu suis ce que je dis et c’est tout-han, n’oublie pas que tu n’es qu’intérimair’-han! »

Une idée en forme de majeur pointé germait dans mon esprit à chaque fois qu’elle me parlait.

Paraitre

Cet aspect était le plus désagréable, mais au final il ne revenait pas souvent sur le tapis. Vous commencez à me connaitre, il m’est impossible de gommer ma personnalité pour rentrer dans un moule. C’est comme si je voulais rentrer dans un jean du 38, yaura toujours les faux-filets qui dépasseront. Bah là, c’était kif-kif.

Parler aux journalistes n’était pas mon fort. Je n’aime pas choisir mes mots, faire attention à ce que je dis pour que ce soit « politiquement correct », par contre, en off, j’appréciais expliquer les côtés techniques des choses, le savoir-faire des usines, comment fonctionnaient les différentes techniques de décorations industrielles (marquage à chaud, métallisation, tampographie…). Bref, je m’emballe, j’avais déjà une certaine appétence pour les usines, ce qui laissait présager un avenir certain dans l’milieu d’l’industrie, les gars !

Les directives de ma « boss » étaient claires « pas de décolleté devant les journalistes ». Je ne crois pas que l’entreprise soit autorisée à te dire comment t’habiller, mais ce n’est pas grave, pouffiasse, tout ce que tu as dit a été retenu contre toi !

Pute

Nous rentrons dans le vif du sujet. Ma « boss ». Afin de préserver son anonymat par simple question de respect de l’être humain, elle s’appelait Christine, mais nous l’appellerons ici, « Christipute ».

Parisienne fournie avec l’accent en « -han », vivant dans Paris, roulant en smart, oui, je sais, tout cela est redond’-han, nous savons tous ce qu’est une Parisienne !

Christipute ne connaissait rien au job, mais a su gravir les échelons en se faisant gravir. Elle avait, comme il se devait, des a priori sur tout et des idées toutes faites sur tout le reste. Ce qui lui conféra une expertise certaine dans le harcèlement moral. Par-dessus tout, Christipute était désagréable avec les fournisseurs, les prenait de haut, leur faisait faire 8 maquettes en changeant la couleur pantone… Ah oui ! Les couleurs pantone ! Grand combat de la marketeuse de nos jours. C’est hyper important, respecte la charte graphiqu’-han ! C’est dans ces années-là que sont sortis les mugs « Pantone », j’avais tellement envie de lui en offrir un et de lui péter le râtelier avec… mais je ne suis pas violente, voyez?

Comme on y voit toujours plus clair avec un mapping, pour Christipute, ça donnait ça. Oui, je sais, c’est pas homothétique, mais j’t’emmerde! « Homothétique » est d’ailleurs le seul mot de vocabulaire mathématique que les marketeurs connaissent.

Mapping de ChristiputeAinsi, Christipute était entre 30 et 35 ans, aimait la lecture utile et imagée, écoutait Ayo parce qu’elle est « canon », portait des grandes marques fabriquées par des Pontes du luxe, buvait des Cosmos comme dans « Sex and the city », faisait du sport « Quoi??? tu cours jamais?? Ah bah ça se voit!! », participait à la course « la Parisienne » parce que ça s’appelle « la Parisienne » et pas « la région Parisienne » et mangeait des salades avec la sauce à côté sans jamais mettre de sauce tout court. En définitive, le descriptif parfait de la keunasss.

Bref, j’apprenais plein de chose sans elle, j’avais un job super intéressant et responsabilisant. « Non mais tu veux pas plutôt aller travailler dans les usines-han ? » « Tu crois vraiment que tu vaux 35K ? » « Tu vas pas faire un travail de petite main toute ta vie-han ». Petite main, ça reste à voir, mais gros doigt, c’est certain ! Au bout de 4 mois, on m’a proposé un CDI. Youpi, à moi la stabilité de l’emploi, le bonheur, les petits poneys, l’épanouissement et le harcèlement moral !

Péni

Christipute était « surmontée » hiérarchiquement et occasionnellement par Norbert, qui, dans un souci d’anonymat, et encore une fois, de respect de la personne, nous appellerons « Norbite ».

Rappelez-vous, Norbite, sosie de Brad Pitt… Alors pour aller plus loin, c’était son sosie qui renifle, parle en entrecoupant ses propos de rots intérieurs, n’hésite pas à aller vérifier ce qu’il se passe dans son nez, s’assoie les jambes écartées et surtout qui te reluque de bas-en-haut-en-bas-en-haut.

Je me souviendrai toujours de cette fois où j’étais en jupe avec un haut violet et des collants violets. Il se pencha en arrière sur sa chaise pour me voir dans l’entrebâillement de sa porte et lança « Helloooo Purple lady ! ». Ferme-la à tout jamais, t’es glauque, Norbite !

Norbite usait donc de son péni à tout va pour satisfaire les femmes ambitieuses de la société. Grâce à lui, bon nombre de mes collègues se sont mises à maigrir, à porter de la jolie lingerie et à rire fort en faisant bouger leurs cheveux. Allez-y, continuez les filles, on est à deux doigts de la parité hommes-femmes !

Mapping de Norbite

Ce mapping de Norbite, plus complexe que celui de Christipute, s’explique de la manière suivante: Homme entre 35 et 40 ans aimant… nichons, nichons, nichons, chatte, nichons, oh une crotte de nez!… nichons, nichons, rot intérieur.

J’ai également découvert la puissance du péni avec les commerciaux ! Mais eux, je les adorais ! Dans leur bourrinisme aigü ils me « touchaient » ! Il y avait deux types de commerciaux. Les petits bourgeois qui voulaient s’encanailler et les gentils bourrins qui y allaient franco « bah ya pas qu’tes lèvres qui sont pulpeuses ! »… Au moins, avec eux, le P de Politique et Paraitre était totalement oublié, c’est avec eux que je rigolais bien.

Cette belle expérience prit fin un beau jour de Juillet car je n’en pouvais plus des remarques désobligeantes sur ma vie personnelle, le choix de mes chaussures, les couleurs pantone et mon refus de traiter les fournisseurs comme des merdes. Moi, je préférai leur raconter des blagues, leur offrir du flan coco fait maison et des paniers saveurs du Sud… Bizarrement, on travaillait vachement mieux ensemble ! Mais je n’y connaissais rien… bien sûr… Je pris donc quelques mois de salaires et décidai d’aller voir là-bas si j’y étais.

Alors que la crise économique frappait de plein fouet, j’eus l’immense opportunité d’être reçue en entretien par Marcelline, conseillère-charcutière-proctologue au Pôle Emploi. Celle-ci sut déceler rapidement mon potentiel et me proposa un accompagnement personnalisé pour le retour à l’emploi. Avant de retourner, l’emploi mit environ 2 ans à trouver son chemin jusqu’à moi. Ce fut certainement dû à une mauvaise paire de chaussures, mais les experts ne sont pas formels.

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Rond de cuirVous qui prônez des valeurs de respect, d’équité, de transparence, comment se fait-il qu’il résulte de vos actions humiliation et démotivation ?

Ne vous méprenez pas, j’aime travailler, j’aime mon job et je m’épanouis presque dedans. Si seulement nous pouvions supprimer certaines personnes en les dégommant comme au chamboule-tout !

Mais bien sûr, tu sais où me trouver lorsqu’il faut faire rentrer le chiffre, cracher pour que les actionnaires puissent s’enrichir. Après tout, ce n’est pas comme si, moi, j’allais beaucoup en bénéficier de tout ce pognon !

Tu sais mettre la pression, me caresser dans le sens du poil, mettre la pression, me tapoter sur l’épaule, mettre la pression, me claquer ta main sur le visage ! « Bah oui, tu sais, on compte sur toi, il faut absolument que tu livres la cam pour qu’on ait le bonus, bonus, bonus ! »

bo-bo-bonus, alors que revoilà Thierry Beccaro qui vient m’enfoncer la boule noir dans l’derch !

Pourquoi, là, ce soir j’ai envie de chialer de frustration ? Ok, ok, je prends quand même du recul, j’ai déjà craqué une fois pour une boite, on ne m’y reprendra plus ! Mais pourquoi j’ai envie de plonger les nez des « managers » dans une assiette de caca qui serait pas forcément de leur production ?

valeurs entrepriseLors d’évènements internes, où ton gentil patron te fait l’honneur de t’inviter à une soirée, tu t’attends à en ressortir galvanisée, motivée… Certes tu restes assis 3h30 sur des chaises inconfortables, à mâchonner du bullshit en tranches, en bâtonnets ou en sorbet, mais à la fin de cette session de bullshitage, tu vois qu’au bout du tunnel tu as un bon repas qui t’attend avec une soirée disco avec moult alcool à gogo ! Bah oui ! Pour sûr que ça vaut le coup d’attendre et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles en affichant un grand sourire en regardant du bullshit en chansons, en films et en lumières.

Tous les jeunes (je me considère encore comme telle, laissez-moi rêver, c’est mon article) – donc je disais, tous les jeunes de ma génération, jeunes actifs commençant à être seniors sur leurs postes ont cette même réflexion : A quoi jouent les « managers » d’entreprise ? Croient-ils vraiment au monde merveilleux plein de valeurs qu’ils dépeignent ? Comment font-ils pour ne pas finir leurs grandes phrases éloquentes par « …… nan j’décoooonne !! »

Une entreprise qui clame des valeurs c’est comme si je disais haut et fort « Hey les mecs, Jacky Sardou est trop bonnass ! ». A qui tu veux faire croire cela ?!? Soyons un peu réalistes, nous sommes de la génération revenue de toutes ces belles histoires sur les entreprises dans lesquelles nos parents passaient toute leur vie et évoluaient.

Cette Entreprise avec un grand « E » dans laquelle le patron était un papa un peu strict et sévère mais qui n’hésitait pas à venir vous taquiner en temps voulu. Vous savez ? Comme dans les morales de fin de dessins animés ou tout le monde finissait par rigoler à grands coups de luettes écarlates ?un patron bedonnant et Monsieur Chombier

« – Alors, Chombier ? C’était moins une sur ce dossier ! Heureusement que vous avez envoyé le fax avant la fermeture ! HAHAHAHAHAHAHA

-Oui, Monsieur le Directeur, fort heureusement ! HAHAHAHAHAHAHAHAHA »

— the End—

Non… maintenant nous sommes conscients que tout bouge, tout change, que nous sommes dans une entreprise pour travailler et en échange on te donne de l’argent, qui s’appelle « salaire », tout est inscrit dans un « contrat » qui est sensé te « protéger » en cas de pépin avec ton employeur.

Master of PuppetsOn revient aux basiques, parce qu’au fil du temps, le bon papa bedonnant et strict est devenu une petite pute de marionnette mue par je ne sais quel maître du jeu aux bras multiples et sans cerveau ni âme. Le pire dans tout cela, c’est qu’on ne peut même pas en vouloir à la marionnette puisqu’elle n’a aucun pouvoir ! Elle fait… c’est tout… elle ne crée rien et ne décide de rien, elle fait !

Nous arrivons maintenant sur un schéma simple où l’humain n’est plus valorisé.

La « ressource humaine » se range dans 3 catégories :

  1. Les ambitieux qui ont des poils entre les dents – à force d’embrasser des culs – (Je me permets, ici, de citer les Bagdad Rodéo pour cette jolie formulation).
  2. Les bons soldats qui trouvent que la sodomie avec un parcmètre et du verre pilé, ça a peut-être du bon, je sais pas, je vais attendre de voir…

« – Oui !! … euh ! J’en ai marre !! Je suis encore parti à 21h, et ça fait 8 ans que j’ai pas eu d’augmentation !

-Mais pourquoi tu ne t’en vas pas ?

-Bah ché pas… J’te laisse, j’ai du boulot… »

3. Les gens qui bossent et qui prennent du recul quand ils ont trop mal à l’anu ! (Petite leçon de rappel : un anu, des anus. Voilà qui est fait. )

Moi je fais partie de la troisième catégorie ! Bah forcément, c’est la meilleure !

Merguez party trop lolAlors j’entends déjà mon ami Cocommuniste me dire « Non ! Erreur !! Les meilleurs c’est la quatrième catégorie que tu as censurée comme une enfoirée de droite ! Cette catégorie regroupe tous les humanistes grilleurs de saucisses et amateurs de rouge qui pique qui actent pour que les mentalités changent »

A cela, je répondrai, Ami cocommuniste, « oui, d’accord ok, mais yen a pas beaucoup des gens comme toi, mon ami et si tu te présentes aux Présidentielles, sache que je voterai pour toi » puis je lui offrirai un thé de mon tiroir pour couper court à tout débat trop long pendant lequel il utiliserait des mots de plus de 3 syllabes ! Non mais parce que pendant qu’il fait chauffer les braises et qu’il pique les merguez, moi j’ai du taf à terminer quoi, merde ! (et hop, on passe en 2è catégorie sans presque s’en rendre compte…).

Grâce à mon ami Cocommuniste, j’espère arriver en catégorie 4 et avoir ma première étoile d’ici la fin de l’année !

Mon ami Cocommuniste, un ami pour un monde meilleur ! Existe aussi en format de poche- Saucisses vendues séparément.

Non mais je déconne, je me moque, mais nous faisons face à un vrai dilemme.

Faut-il continuer à bosser dans des structures non adaptées qui nous balancent des bullshits comme du riz à la sortie de la messe ? Sachant qu’en plus, tu te retrouves une fois sur deux avec du riz dans le slibar…

Faut-il tout casser pour tout construire différemment ? Comment faire ça ? (oui… à part prendre ta carte du parti cocommuniste, biensur !) En vrai ?? Comment reconstruire un modèle d’Entreprise qui donne envie ?

Je ne suis pas là à cracher dans la soupe, ma boite est sympa, du moins, les collègues y sont sympas.

La gestion de l’humain, c’est autre chose… je ne pense pas qu’on soit là pour ça, allez, saute dans le pressoir que j’te saucissonne…crève saucisse

Je vois que d’autres boites sont plus saines, basées sur des valeurs qu’ils n’ont pas besoin d’écrire et de se tatouer sur le cul puisque tout le monde ressent qu’elles sont fondamentalement là dans la manière de travailler au quotidien. Ces boîtes ne courent pas les rues. Si vous avez des noms, je prends !

Je ne referai pas le monde, mais je changerai certainement deux ou trois choses puisque ma bouche ne reste pas fermée et que mon cœur s’exprime avec sincérité.

J’irai ouvrir mon museau et exposer mon ressenti. Je n’obtiendrai rien de palpable, seulement de l’autosatisfaction de n’avoir rien gardé pour moi…

Je finirai sur une définition qui m’a fait rire… quand on pense à nos « managers » sous cet angle de définition, c’est rigolo !

Un cadre : nom masculin désignant une bordure rigide qui entoure du vide. Je vous laisse réfléchir, vous avez 2 heures.

La bises mes ptits magrets, soyez pas trop nerveux, après ça s’en ressent dans nos assiettes!

          Le Grand Méchant Kapital