Articles Tagués ‘sous-bois’

J’ai flirté avec le catholicisme…le jour où nos mères nous ont proposé de devenir Jeannettes. Nous ignorions, pauvres de nous, ce qui nous attendait.

Sur la brochure : une vie en communauté en pleine nature à construire des cabanes en bois.

La réalité : une expérience communiste chez les bourges dans une salle humide sous l’église du Vésinet.

Cette expérience atteignit son paroxysme lors du camp d’été en Normandie. Quelle belle idée !

Déjà, le mot « camp » était très bien choisi, vraiment… non mais vraiment !

Nous voilà parties, les bourges du Vésinet, mes compères et moi-même en car jusqu’à un champ prêté gentiment par des normands.

Premier jour, dépôt des sacs de voyage sur une bâche au soleil (oui, il faisait beau en Normandie), où je vis des centaines d’araignées courir sur nos valises… le calvaire ne faisait que commencer…

Petit rappel pour ceux qui ne savent pas, je suis phobique des araignées en mode très con (je suis capable de me mettre nue devant des invités parce qu’une araignée me grimpe dessus… true story… je n’ai plus revu ces invités par la suite…). J’ai également une certaine passion pour la propreté, l’hygiène intime et tout ce qui permet de me sentir bien le cu-cul au frais qui sent bon l’amour et l’innocence.

Bref, nous voilà toutes ensembles dans ce camp de jeannettes aux allures de goulag communiste.

Tout d’abord, il nous fallut monter nos tentes. Les tentes étaient assez rudimentaires puisque c’étaient des canadiennes dont le tapis de sol n’était pas rattaché à la toile !! what’s the fuck ?? ah pardon, si… autant pour moi, il fallait faire un nœud-nœud tous les 30 cm et avec ça, c’était certain, tous les insectes à la con allaient être stoppés et ne pourraient pas rentrer dans la tente et hanter mes nuits et me faire transpirer pendant les 12 heures qui me séparaient d’un jour à l’autre ! Non, ils ne pourraient pas !

Vint ensuite le temps du manger ! Nous avons commencé par mettre en commun tous nos accessoires pour manger. A savoir cette putain de gamelle avec ses couverts ainsi que nos gobelets. Sachant que nous avions acheté ça la peau des fesses au vieux campeur, ça faisait mal de tout mettre en commun et que les petites bourges récupèrent ta gamelle propre et neuve et que toi tu bouffes dans une de leurs gamelles toute cabossée. Mais bon, on essaie d’être catholique, alors il faut faire des efforts. Si tu crois que Jésus avait bouffé dans sa gamelle le dernier soir, tu te mets le doigt dans l’œil ! L’histoire dit qu’il avait bouffé dans celle de Juda et que ça l’avait rendu un peu chafouin…

Rassure-toi, jeune jeannette communiste, en 10 minutes le problème fut réglé puisqu’une tradition quoique surprenante voulait que l’on fasse un maximum de bruit, ouaich big up à Jesus, en tapant comme des bourrines sur la table avec nos gamelles. Bah voilà !! Ma gamelle toute neuve vient d’être totalement défoncée par une jeune morue des familles ! Problème réglé !

Fin de la première journée… on ne se lave pas les dents ? NON ! On ne se lave pas les fesses ? NON ! On ne se lave pas…. Ouai, c’est ça, on ne se lave pas !!

Un esprit sain dans un corps qui pue…

Deuxième jour, il faut le dire, on se faisait chier, mais vraiment ! On a fait une ballade dans la forêt, on a construit des feuillets et une table de cuisson.

Les feuillets… cet endroit mérite un paragraphe dédié. Nous avions creusé un trou, mis 2 planches pour faire un tout schuss caca, et une toile avait été tendue tout autour tel un tipi.

Sauf que fermer un endroit pareil quand on est 30 chieuses, ça refoule vite. Par ailleurs, la toile était infestée d’araignées, alors autant vous dire que je n’allais pas y mettre les fesses !

Je trouvai rapidement l’échappatoire à une occlusion intestinale certaine lorsque je vis le sous-bois, en bas du camp… Le sous-bois et ses odeurs de mousse, ses petits arbres biscornus, ses racines apparentes et sinueuses. Le sous-bois où je prenais plaisir à poser culotte au pied d’un arbre… Je fus bientôt suivie par la totalité du camp qui trouvait que la poésie du lieu se prêtait à l’exercice.

Le jour de notre départ, les cheftaines nous ordonnèrent de nettoyer notre merdier et nous fûmes contraintes de ramasser nos crottes à bouts de bâtons, tandis que Krokignol trainait derrière elle le Saint Sac à purin…

Outre le fait que nous n’avions aucune hygiène que ce soit, nous crevions la dalle.

Troisième jour, les cheftaines organisent un concours de cuisine ! Youpi ! Nous allons pouvoir inventer des recettes et cuisiner de bonnes choses, nous qui avions tellement faim ! Chaque sizaine avait rédigé son menu, puis après l’avoir sagement préparé, nous fîmes gouter nos plats aux cheftaines. En résumé, nous étions 5 sizaines, donc 5 plats et 5 desserts à gouter par les cheftaines et nous… bah… que dalle ! On était là pour cuisiner, par pour manger, bande de troufions ! Faut pas confondre ! Heureusement, nous avions réussi à chopper la boite à Benco (dans ce contexte là, ça peut prêter à confusion, mais je parle bien là du chocolat en poudre…) et nous mangions le Benco directement dans le pot tellement nous avions faim.  J’ai enfin compris ce qu’avait vécu Moïse pendant la traversée du désert… et pas un seul veau d’or à s’foutre sous la dent !!

Fin du troisième jour… on se lave ? non, pas la non plus…

Un esprit sain dans un corps qui commence à avoir des rougeurs sur les zones de frottements…

Quatrième jour, allons faire un tour à la messe dans la chapelle du coin animée par un curé de la lignée des Dutroux. Filochard, l’impie non baptisée ne communia pas, la horde de bourges la méprisa au plus haut point mais fut surtout étonnée qu’elle ne prit pas feu en rentrant dans l’église…

Les journées se succèdent, la déprime s’installe, les nuits emplies d’araignées sont de plus en plus difficiles. J’ai beau envoyer un courrier à mes parents, ressemblant à une lettre d’adieu, rien n’y fait, nous passâmes 6 jours entiers sur place sans que l’on nous vienne en secours.

Je me souviens qu’il m’était insupportable de voir le soleil se coucher. Il me rappelait que ma tente infestée d’insectes en tous genres m’attendait, criait mon nom… Le pire moment était lorsque nous étions autour du feu de camp, assis sur des rondins, engloutis par le noir de la nuit… Dieu seul sait ce qui était derrière nous ou sur nous. Nous chantions des chants de cathos intégristes puis quand vint le moment de chanter « Bonsoir Petite Sœur », mon cœur s’emballait… Ce chant était synonyme de mort, désolation, calvaire… Je pense que j’aurais pu être canonisée pour avoir subi tant de souffrances…

Bonsoir Petite Sœur

Dans la Sainte Paix tous nos cœurs sont unis

Bonsoir Petite Sœur

Bonsoir et bonne nuit

NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !!! Je veux pas y aller !!! Me laissez pas dans la tente !!!

Là se réveillait l’angoisse.

Krokignol avait été désignée d’office pour avoir la place la plus pourrie de la tente, à savoir l’entrée. Malgré une savante technique de fermeture consistant à mettre tous les objets que nous possédions de manière à maintenir la toile de tente contre le tapis de sol pour limiter les interstices, les bestioles rentraient quand même. Ma torpeur commençait.

Un autre principe de base était de fermer mon duvet au maximum si bien que seul mon nez dépassait. J’en ai fait passer des nuits horribles à mes compères. A rêver que nous mettions en place un piège à araignée avec un cageot retourné et un bâton en bois attaché à une ficelle afin de prendre au piège ces bêtes horribles. Je m’étais alors réveillée lorsque je dis à haute voix dans mon sommeil « ya plus qu’à tirer »…

Au réveil, je vis que Filochard avait disparu de la tente ! Qu’était-il arrivé ??? bah rien… juste qu’on avait planté notre tente dans une pente et que, par conséquent, Filochard avait glissé dehors. Seule sa tête était encore à l’intérieur.

Cinquième jour, Filochard et moi-même étions de corvée d’eau. Nous voilà partie avec notre brouette et notre jerrican pour aller prendre de l’eau dans la grange des propriétaires. Après s’être éclaboussées, nous fîmes la connaissance d’un gros bouc joueur qui se mit soudainement à nous courser… faut dire qu’on l’avait un peu provoqué en insultant sa mère… Après avoir renversé la moitié de l’eau du jerrican et s’être à moitié pissé dessus de rire, nous arrivâmes au camp avec le précieux or bleu.

Et sinon, on peut se laver là ? siouplé, on a le bonbon qui colle au papier, mais grave, en mode effervescent !

OUI !

Oh ? sans déconner ?

Si, si, mets ton maillot de bain et tes bottes, remplis ta cuvette d’eau claire et vas-y, fais toi plaisir !

Qu’est-ce qu’on était sexy en maillot-bottes caoutchouc au milieu d’un champ… le tout était d’utiliser l’eau dans le bon ordre. On préférera d’abord se laver les dents (ou ce qu’il en restait) puis se laver le cu-cul…

Alleluia, Dieu est ressuscité, et mon haleine aussi !

Un Esprit Saint dans un corps irrité

Sixième jour, le jour des récompenses.

Laissez-moi vous rappeler quelques principes de base de la jeannetterie.

Chaque année d’expérience est marquée par la remise d’une fleur de couleur. Tu la reçois si et seulement si tu l’as méritée. Sur quels critères ? L’aide que tu as apportée, ta bonne humeur, ta solidarité… ouai, ouai, c’est surtout si tu as bien sucé des bites tout au long de l’année pour bien te faire voir !

La fin de la première année, c’est la remise de la fleur bleue (tu sais, celle que le curé a essayé de te prendre). Autant vous dire qu’au niveau bon esprit, bonne humeur et suçage de bites, je n’avais pas trop performé ! J’ai donc tenté la technique acteur studio, à 2 jours de la fin du camp, j’ai chialé ma race « je suis désolée, j’ai pas fait beaucoup d’efforts mais je ne savais pas comment aider les autres, mon cul sur la commode, blablabla, tu vas m’la donner cette putain d’fleur ?? »

Et oui, parce qu’on n’est pas jeannettes sans casser des œufs ! Et je peux te dire, mon Ptit, que j’en ai cassé des œufs dans ma carrière !

Finalement mon numéro de jeannette éplorée m’a fait récupérer ma fleur bleue à coudre sur mon bel uniforme ! Imaginez la honte ultime de ne pas l’avoir après une année de calvaire !!

Un esprit malsain dans un corps qui croute

Septième jour, pendant que Dieu se reposait, ma mère ouvrait mon sac et manquait de tomber dans les pommes dû fait de l’odeur qui s’en dégageait. L’eau de mon bain était noire.

« Une semaine sans se laver, elle est belle la religion catholique !! » dixit  ma Monmon, sponsorisée par Domestos.

Ma vie d’enfant de 10 ans à l’hygiène intime irréprochable repris son cours normal grâce à une crème répatrice de chez Avène.

Un esprit d’enfant dans un corps qui sent bon la cajoline

Publicités